24.12.09

vacances de Noël

Je serai en vacances deux semaines, dont une passée avec mon ami dans un chalet en bois rond, perdu dans les bois en Mauricie: je pars à l'instant.

Je vais dormir dans les bras chauds, durs et accueillants de mon fidèle amoureux, grignoter toute la journée toutes sortes de bonnes choses, me promener nue en botte de chasse dans la pièce unique en me faisant regarder avec convoitise, je vais pisser devant l'homme, accroupie sur une cuvette, et me rincer la vulve méticuleusement et en prenant mon temps, je vais me faire un café noir, attraper Mrs. Dalloway, lire trois pages et m'engloutir dans le sommeil. Durant la nuit, je me réveillerai, mettrai mes bottes de chasse, et irai me promener regarder les étoiles exploser sur l'écran noir du ciel. Je ne penserai à rien.

Si je suis bien calme, bien connectée, je continuerai ma quatrième étape suggérée par les Alcooliques Anonymes, dont je suis membre, commencée cet été mais jamais terminée: "Nous avons courageusement procédé à un inventaire moral minutieux de nous-même".

Je suis convaincue que je n'aurai pas mal au sexe. Et si cela recommence, je l'accepterai, sans me révolter. Parce que c'est ma réalité, et que je ne peux rien faire de plus que ce que je fais déjà.

23.12.09

diagnostic: je souffre de vaginodynie

J'ai vu le docteur Bernard Lambert, gynécologue, spécialiste des troubles de la vulve et du vagin à la clinique VUVA de Montréal cet après-midi.

"Si ce sont des douleurs cuisantes à l'intérieur du vagin, non liées aux pénétrations, et que nous écartons les irritations liées aux infections, aux allergies et aux problèmes dermatologiques, vous souffrez de vaginodynie. Parmi cent femmes qui consultent pour troubles de vulvodynie et qui viennent me voir, une souffre de vaginodynie. C'est très rare. Je vais vous prescrire, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, un antidépresseur tricyclique, Norpramine (Desipramine), qui va vous aider. 85% des femmes avec des douleurs de ce type ressentent une amélioration au bout de quelque temps. Je veux vous voir dans six mois".

Il a effectué un prélèvement vaginal pour cultures en laboratoire et examens plus poussés. Il a fait un examen à l'état frais (microscope), et m'a indiqué qu'il voyait quelques minimes colonies de levures (candida) mais insuffisantes pour affecter ma flore; il semble qu'on retrouve cela chez presque toutes les femmes. Il a dit que j'avais de belles sécrétions vaginales, bien blanches, laiteuses, de demi-cycle menstruel. (j'en suis fort aise!)

Le docteur Lambert est un homme passionné par ce qu'il fait. C'est réjouissant de le voir courir à droite et à gauche, remplir sa paperasse d'une main nerveuse, poser des questions très précises: "À combien sur une échelle de 1 à 10 évalueriez-vous votre douleur lors des derniers épisodes de brûlure?"

Il m'a complètement intégrée dans le processus: "Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je vous suggérerais cette molécule... qui pourrait améliorer votre situation... ", "Allez-voir ce site web, il pourrait vous être utile".

J'ai un diagnostic. Je souffre de vaginodynie. Je ne suis plus dans le néant: un médecin a reconnu mon état. Je ne sais pas pourquoi je souffre dans mon sexe, mais aujourd'hui, je m'en fiche comme d'une guigne, j'ai un diagnostic.

20.12.09

Niki de Saint Phalle


Inspired by the pregnancy of her friend Clarice Rivers, the wife of American artist Larry Rivers, Niki de Saint Phalle began to use her artwork to consider archetypal female figures in relation to her thinking on the position of women in society. Her artistic expression of the proverbial everywoman were named 'Nanas'. The first of these freely posed forms, made of papier-mâché, yarn, and cloth were exhibited at the Alexander Iolas Gallery in Paris in September of 1965.

...

In 1966, she collaborated with fellow artist Jean Tinguely and Per Olof Ultvedt on a large scale sculpture installation, "hon-en katedral" ("she-a cathedral") . for Moderna Museet, Stockholm, Sweden. The outer form of "hon" is a giant, reclining 'Nana', whose internal environment is entered from between her legs. The piece elicited immense public reaction in magazines and newspapers throughout the world. The interactive quality of the "hon" combined with a continued fascination with fantastic types of architecture intensifies her resolve to see her own architectural dreams realized.

18.12.09

vagin honni

J'ai rendez-vous à la clinique spécialisée en problématiques vulvo-vaginales VUVA mercredi le 23 décembre prochain. Je vais apporter une copie de mon dossier médical qui ne révèle rien de particulier: une vaginose bactérienne traitée avec succès à l'aide d'antibiotiques il y a quelques mois, une vaginite à candida qui s'est avérée n'en être pas une en octobre dernier et qui a été "traitée" à l'aide d'antifongiques oraux et vaginaux.

Histoires banales, surtout lorsqu'on sait qu'en Amérique du Nord les raisons principales de visites médicales gynécologiques sont liées à une vaginose bactérienne ou une candidose.

Le médecin fera un examen gynécologique, peut-être extirpera-t-il quelques échantillons de cellules ou sécrétions blanchâtres de ma paroi vaginale. Il me dira que tout est normal.
Dans quelques jours, semaines, mois, mon vagin s'enflammera, brûlera, se muera en bête impitoyable qui mord et qui griffe; je hurlerai dans ma tête les mots de l'agonie et du désespoir, comme je l'ai fait auparavant, durant des jours, des semaines, des mois.

Plus que jamais, je suis perplexe face à l'aberration de cet état mouvant, instable, imprévisible, qui n'a ni cause ni raison. Comme avec la mort, je ne peux rien faire. Traiter cette condition comme elle est: par la ruse et la rouerie, et vivre, vivre, vivre, comme si cela n'avait jamais existé, comme si cela ne reviendrait plus.

Malgré l'intégration de nouvelles connaissances, l'écriture, la recherche d'une certaine forme d'acceptation, il reste en moi une béance: c'est la terreur de ce qui m'échappe, de ce que je ne peux ni maîtriser ni dominer. Des antidépresseurs m'ont été prescrits l'été dernier suite à des angoisses paralysantes de basculer dans la tourmente des douleurs envahissantes, dans la terrible obsession que cela ne cesse jamais. J'en prends depuis. La folie est partie.

Je suis une femme intelligente qui pourrait être vaincue par une maladie "honteuse", parce que révélant les ténèbres poisseux du sexe faible, toute l'immonde hypocrisie de cet organe suintant, visqueux, insidieux, perfide, glissant, glaireux. Je déteste mon vagin. Je le déteste incontestablement et sans arrêt.

15.12.09

je ne veux plus me révolter

Le récit que j'ai fait des débuts de la perte de maîtrise de mon corps qui jusque là avait été un bon serviteur m'a fait par contraste réaliser que si je souffre aujourd'hui, si je ne souffre pas aujourd'hui, je reste impuissante face à la vie, si fragile, à la mort, si présente. J'ai quarante ans. Sous ma tenue énergique et vigoureuse, je ressens de façon insaisissable mais combien présente ma finitude.
Cela ne me désole pas. J'ai mûri. La vie n'est pas une tragédie. La maladie n'a de sens que si on lui en donne un. La décence c'est de traverser tout cela sans se révolter.

11.12.09

choc psychosomatique

C'était une nuit de novembre il y a quelques années de cela. Aux prises avec une envie irrépressible de boire et de m'éclater, je suis allée dans un bar de danseurs "topless" m'imaginant étrangement que cet endroit, si mon copain découvrait par malchance que j'y étais allée, ne susciterait pas chez lui l'envie de m'infliger un interrogatoire serré et humiliant (pour lui et pour moi) sur mes allées et venues de la soirée: on ne fait pas de rencontres adultères dans un bar de danseurs nus.
J'avais envie de boire, j'avais envie de voir des hommes: ce club m'a semblé l'endroit idéal pour exalter mes bas instincts. Cela faisait tellement longtemps que je m'abstenais de toute forme de compulsion quelle qu'elle soit. Ce soir-là, rien au monde n'aurait pu m'empêcher de me rendre là; j'y serais allée en rampant.

Dans le bar enfumé rempli d'une nuées de midinettes extatiques et de gars très dévêtus tous coulés dans le même moule (jeunes, musclés, hilares), j'ai bu une quantité effarante de bière, j'ai ânonné quelques histoires abracadabrantes à quelques personnes indistinctes ("Je m'appelle X je suis journaliste au journal Y je fais un reportage sur les travailleurs de l'industrie du sexe à Montréal."); vers trois heures trente du matin, on m'a résolument donné mon congé; j'ai résisté, comme d'habitude, l'alcool me rendant frénétique, geignarde et décérébrée.

Je suis finalement retournée chez moi en taxi. Je me souviens d'un homme fumant une cigarette, installé sur une des chaises de ma cuisine, probablement le chauffeur de taxi. Il se peut que j'aie fouillé partout pour trouver une robe que je tenais absolument à mettre, je ne m'en souviens pas tout à fait, mais le surlendemain mon garde-robe était sens dessus dessous, traversé par une tempête.
Il semble que j'aie décidé de faire une visite surprise à mon amoureux, ayant eu peut-être, dans une vision éthylique, souvenance de "mon partenaire de vie", et plus tard je me suis retrouvée dans cette voiture, en route chez lui. Je ne me rappelle pas du trajet, sinon qu'il était interminable. Lorsque mon ami a ouvert la porte, dans ses yeux j'ai vu le mépris, l'étonnement, l'incompréhension. Je me souviens d'avoir ressenti de la honte, malgré le brouillard de l'ivresse.

Je l'ai suivi jusqu'à la chambre, il s'est assis dans le fauteuil à côté du lit, m'a dévisagée sans parler. Je me suis dévêtue. Ma boucle d'oreille était coincée dans mon soutien-gorge.

- Pourquoi ta boucle d'oreille est dans ton soutien-gorge?
- J'sais pas, moi, elle est tombée. Baise-moi au lieu de me poser des questions.
- T'es bizarre, j'sais pas quoi t'dire. Qu'est-ce que t'as, qu'est-ce que t'as pris?
- J'ai bu de la bière.
- T'as l'air droguée, t'es pas normale, j'comprends pas, d'où tu viens?
- (…)
- Qu'est-ce que t'as fait. T'as rencontré quelqu'un?
- J'suis sortie dans une place, j'ai bu, c'est tout.
- (…)
- Quoi, j'ai l'droit, merde, tout le monde fait ça de temps en temps, pourquoi tu me regardes comme si je venais de t'annoncer que j'avais assassiné quelqu'un?
- Il est cinq heures et demi du matin. Qu'est-ce que t'as fait entre la fermeture du bar et maintenant?
- J'sais pas, j'm'en souviens plus, tu me fais chier avec tes questions. Pourquoi tu me regardes comme ça, je me suis juste soûlée la gueule!
- Où t'étais?
- Pas de tes affaires.
- C'est pas clair ton affaire, c'est pas normal, on va s'en parler demain lorsque tu auras retrouvé un visage humain.

(pourquoi il me baise pas le con)

Deux jours plus tard infection urinaire, visite chez le médecin, prescription d'antibiotiques. Début de douleurs vaginales. Une semaine plus tard deuxième visite chez le médecin qui diagnostique une vaginite à candida. Un comprimé oral d'antifongiques, des ovules à insérer dans le vagin. Douleurs phénoménales au vagin, deuxième cystite, antibiotiques, on diagnostique une autre vaginite, autres comprimés oraux, troisième cystite, autres antibiotiques.

Mon urètre saigne, mon sexe brûle, mon conjoint est affligé de doutes parce qu'il est convaincu que j'ai eu une histoire ce soir-là et que je ne veux pas lui avouer; les douleurs intenses au vagin et les cystites récurrentes sont pour lui un signe que je somatise, que mon corps parle.
J'ai su par hasard qu'il était allé chez le médecin pour des tests de maladies transmises sexuellement, dont le VIH.
Il a commencé à consulter un psychologue parce qu'il est entré dans une forme aiguë de méfiance morbide, n'étant plus capable de se débarrasser de l'idée maladive que je l'avais triché cette nuit-là et étant apparemment incapable de le supporter.
J'avais très mauvaise conscience et les douleurs inouïes n'arrêtaient pas, je n'osais plus lui en parler de peur de l'affecter davantage. On aurait dit que son esprit malade m'avait contaminée; je sentais "qu'il aurait plus se passer quelque chose finalement, avec cet homme, dans la cuisine".
La loi du silence a prévalu, nous nous méfiions de ce qui pouvait nous faire du mal. Rien n'était dorénavant léger, ni agréable entre nous. Nous étions dans le grand jeu de la tragédie.

Il est tranquillement devenu fou, envahi par une forme de jalousie pathologique, qui engluait le moindre de ses regards, le moindre de ses gestes, la moindre de ses pensées: tout le ramenait à cette boucle d'oreilles fatale, les manifestations intempestives de mon sexe, les deux heures d'écoulées entre la sortie du bar et mon arrivée chez lui à six heures du matin, échevelée et méconnaissable.

Notre vie sexuelle est devenue terrible. Des forces obscures se déchaînaient là, dans ce lit de bourgeois bien mis.

Moi, j'étais tordue de souffrance: mon sexe était le feu, le sang, la culpabilité, la honte, la déroute, l'infection, la mort. Je me disais: "Il faut que cette douleur entre mes jambes disparaisse à tout prix: c'est à cette condition que je pourrai me pardonner d'avoir sacrifié mon couple à l'ignominie d'une soirée de débauche". Et aussi: "Si cela arrête, au moins l'un de nous deux pourra sauver l'autre".

Notre couple a agonisé dans les gémissements et les râles durant un an. Nos noirceurs intérieures ont éclipsé la foi, l'amour, la vie. Nous n'avons pas été bons l'un pour l'autre, envahis par notre propre affliction. L'égocentrisme, malgré nos dehors teintés de délicatesse et de prévenance, a fait son œuvre.

À la fin, je le méprisais. Un homme la queue entre les deux jambes, englué par l'obsession: pitoyable. De son côté je suis certaine qu'il me considérait comme une traînée; j'en ai pour preuve la forme violente et inappropriée qu'ont pris nos ébats intimes.

Trois ans après notre séparation, j'ai reçu un courriel de lui:

"Tu sais, j'aimerais tellement savoir ce qui s'est réellement passé cette nuit-là de novembre. Si tu me le disais enfin, je serais libéré".

Son obsession semble avoir pris toute la place.

Moi, depuis cette nuit de novembre, mon sexe a pris toute la place.

10.12.09

bruits mouillés bruits secs

Je suis presque à côté d'un malaise, presque à côté d'une impression déplaisante de légère brûlure au niveau du vagin, on dirait qu'il se trame là quelque chose de vivant et de caché; quelques fois durant les journées d'hier et d'aujourd'hui j'ai été saisie par l'éclatement fugitif d'une bulle d'air à l'intérieur du sexe: c'est étrangement déconcertant. Je trouve ces émanations d'une vulgarité sans nom.

Je me vêts de ravissantes petites robes, je prends soin de ma peau, de ma chevelure, de ma santé, je me rétablis de l'alcoolisme (1) en faisant un maximum de meetings AA et NA et en m'avisant de remettre ma volonté et ma vie aux soins d'une puissance aimante supérieure à moi-même, je tâche d'être douce et bonne et voilà que mon sexe fait des petits sons mouillés, des petits sons secs. Qu'il semble qu'on peut entendre, qu'on entend sûrement.

Mon corps me ramène sans cesse à une certaine forme d'humilité: il semble que rien ne vaut les tristes aléas de l'accomplissement des lois biologiques pour me rappeler l'essentiel: parfaite imperfection, décrépitude à venir, dénouement fatal de la vie physique. Toutes ces choses.


(1) Je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis quatre ans et demi.